Aucuns sentiments, aucunes émotions. Le néant total. L'absence absolue.
Elle ressemble à un mur de pierre, impossible à comprendre. A démasquer.
Elle ne se connait pas elle-même. Cela fait tellement longtemps qu'elle ne vit plus. Elle n'a nullement la force ni la patience de se demander à elle-même depuis combien de temps elle respire sans savourer les saveurs de la vie. Le temps qui aurait dû s'arrêter, ce jour là. Le temps qui l'a tué.
Il lui a demandé d'oublier. Mais, comment peut-elle effacer de sa mémoire irréelle les seules traces de bonheur, clefs de sa survie?
Il lui a tellement demandé.
Elle est seule. Isolée.
On ne se rappelait même pas son propre prénom. Comme transparente. Telle une ombre. Une simple planitude de souvenirs enfouis.
Le soir, dans son lit abandonné, elle repense à certains instants. Certains oublis.
Toutes les nuits, lorsque la lune surplombe le ciel bleu coléreux, elle reste assise dans son lit troué par la vague du temps, des rivières coulant le long de ses joues.
Personne ne le sait. Personne ne se doute. Personne ne l'aperçoit. Invisible.
Elle ressemble à un mur de glace, prêt à se fissurer à n'importe quel moment.
Elle ne se connait pas elle-même. Elle ne sait pas d'où lui vient cette force de se lever lourdement aux aurores pour affronter l'indifférence. Elle efface les traces des souvenirs, chaque jour, pour que l'oubli refasse surface durant ses insomnies.
Elle ne sourit jamais. La comédienne.




